Visualisation Scientifique : 5 conseils pour réussir sa création

Mettre en image un sujet scientifique pour faciliter sa compréhension. Voilà ce qu’est la visualisation scientifique ! Mais il faut distinguer l’imagerie scientifique de la création de contenu visuel. C’est cette seconde discipline qui nous intéresse ici.

Qu’elle soit réservée à une lecture experte ou promise à un public amateur, au fond son but est le même, traduire visuellement des informations scientifiques. Mais elle peut se présenter sous différentes formes : modèle 3D, illustrations scientifiques, vidéos d’animations, film de vulgarisation, film motion design, etc.

On devine alors que pour réussir sa visualisation scientifique, il faut se soucier du rôle qu’on lui prête. Que doit-elle dire ? À qui s’adresse-t-elle ? Mais pas seulement. À vrai dire plusieurs points doivent appeler votre vigilance. Voici lesquels.

1/Faites un audit de vos données

Une bonne visualisation scientifique ne se fait pas sans un peu de préparation. Si vous avez sur les bras des ressources qui peuvent être utiles, la première chose à faire est de les trier et de vous demander : dans quelle mesure peuvent-elles servir ?

Tout élément est bon à prendre, soit comme matière première dans le processus de création, soit comme source d’inspiration. Que vous partiez de données brutes issues de simulations et de relevés, ou bien de documents déjà créés (graphiques, schémas, visuels), vous ne partez pas de rien, et ces ressources ont un rôle à jouer dans votre visualisation scientifique. Mais ce rôle est différent d’un élément à l’autre.

En exploitant des données brutes, vous conservez l’information. Autrement dit, comme le disaient nos vieux cours de chimie : rien ne se perd, tout se transforme. Vous pouvez incorporer vos données directement dans vos vidéos ou dans vos visuels.

illustrations scientifiques brutes issues d'une simulation
Données hydrodynamiques récupérées…
gif effet de particules pour l'hydrodynamique des fleuves
…et intégrées dans un film en image de synthèse

En revanche, en l’absence de données directement exploitables, la création se présente davantage comme un exercice d’interprétation. Plutôt que d’injecter des données dans la création, on puise dans la documentation recueillie, on s’en inspire pour offrir une forme neuve.

Votre audit va vous aider à y voir plus clair dans tout ce que vous avez, et à garder ce qui est essentiel contre ce qui l’est moins. Il peut être utile de trier vos données selon leur nature : données scalaires, vectorielles, tensorielles pour des données brutes ; graphiques, illustrations, textes pour de la documentation.

Un audit doit vous permettre de piocher facilement dans vos ressources, de les rendre accessibles pour un travail d’interprétation.

2/ Définissez les prérequis

Par prérequis, nous entendons « les conditions nécessaires à la compréhension de votre sujet ». Soit les conditions à réunir pour que votre visualisation scientifique soit comprise de votre public. Vous n’irez pas forcément dans le sens d’une vulgarisation. Car ce que votre public sait, vous n’avez pas besoin de l’aborder. En revanche, ce qu’il ne sait pas doit faire l’objet de votre visualisation. À qui vous adressez-vous ? Que connait votre public ? Et que pouvez-vous lui dire ? C’est essentiel, car son degré de connaissance va décider de votre approche.
image scientifique d'un outil médical sur la colonne vertébrale

Bien sûr, vous savez déjà quel sujet aborder. Là n’est pas la question. En revanche, cela va déterminer la manière de l’aborder.

Par exemple, vous souhaitez présenter l’action d’un outil médical lors d’un salon. Vous vous adressez à la fois à des chirurgiens et à des représentants commerciaux. Visuellement, comment va se traduire votre argumentaire ?

Il ne sera pas utile de légender chaque élément anatomique, car votre public les connait. Votre présentation n’est pas un cours de science. Elle n’est pas une vulgarisation. Votre n’allez pas apprendre aux chirurgiens leur métier. Vous allez montrer comment votre outil fonctionne, et sur quelle partie du corps il agit.

Toutes ces attentions envers votre public cible vont vous permettre de ne pas partir trop loin, là où il ne pourrait plus vous suivre, ou bien là où il n’y trouverait pas son compte.

3/ Veillez à la cohérence de votre format

En général, la question du format est déjà décidée. Vous savez ce que vous voulez : illustrations, animations, visuels 3D, c’est selon votre choix et on ne vous demandera pas de le changer. Mais encore faut-il que ce format puisse accueillir vos arguments et montrer tout ce que vous souhaitez.
nos productions pour les programmes scolaires
Pour l’enseignement, rien de plus efficace que du contenu interactif
Par exemple, vous ne choisirez pas une illustration pour un sujet dense qui mérite plusieurs explications. Une vidéo sera plus adaptée. Vous pourrez varier les approches graphiques selon les parties de l’argumentaire, et ajouter peut-être une voix off, ou des informations écrites. Ou bien imaginons que vous vouliez présenter les muscles du visage dans une illustration. Se posera alors la question du nombre de visuels nécessaire. Est-il possible de montrer tous les muscles en une seule illustration ? Quelles astuces va-t-on déployer pour montrer ce que vous souhaitez ? Bref, le format va déterminer vos possibilités d’expression. Un format cohérent, c’est un format qui servira au mieux votre sujet. Pour des argumentaires compliqués qui nécessitent de déployer beaucoup d’explications, il sera judicieux d’aller au plus simple sur le plan visuel, et donc d’opter pour des films en motion design, avec des approches plus schématisées, plus lisibles, défaites de détails superflus, afin de laisser de la place aux arguments et les traduire facilement par l’image.
deux images pour montrer les différents approches graphiques en visualisation scientifique
L’avantage de la vidéo, c’est que vous pouvez y déployer différentes approches visuelles pour accompagner vos arguments.

4/ Faites des sacrifices

L’autre erreur à éviter, c’est de vouloir trop dire.

Il est essentiel de délester votre discours, de le réduire pour le faire tenir tout entier dans votre visualisation, et donc de ne pas trop vous attacher aux détails.

Pourquoi aller aussi loin ? Eh bien, nous vous retournons la question : pourquoi aller trop loin dans votre visualisation scientifique alors qu’un peu d’élagage lui ferait du bien ?

Par exemple, vous souhaitez réaliser des visuels sur la photosynthèse et expliquer au mieux le phénomène dans des illustrations claires. Jusqu’où aller ? Est-il nécessaire de présenter tous les éléments qui composent la cellule ? Aurez-vous besoin de décrire précisément les échanges gazeux ? À vous de juger quelles informations sont essentielles et quelles autres devront être écartées.

On ne peut pas faire tenir l’exhaustivité d’un sujet dans une illustration ou dans une vidéo. Ce n’est pas seulement une question de place, mais aussi une question de confort. Bien expliquer, c’est faire l’impasse sur certains détails qui, selon les scientifiques, sont primordiaux.

À moins d’illustrer une thèse ou un papier scientifique, vous n’aurez pas besoin de charger votre visualisation. Visez l’intelligibilité plutôt que l’exhaustivité.

5/ Acceptez le créatif pour plus de pédagogie

En tant que scientifique, vous aurez peut-être du mal à accepter certaines idées, car elles vont empiéter sur la justesse de votre discours. Par exemple, pour parler des trous noirs, on choisira de montrer une sphère noire délimitée par un cercle – pratiquement tous les visuels les représentent ainsi – alors qu’on sait tous qu’un trou noir est invisible et qu’il ne s’appelle pas trou noir pour rien ! Et donc n’importe quelle approche qui tend à le rendre visible est irréaliste.
image de l'espace
La rigueur scientifique doit parfois laisser place à une vue de l’artiste.
Irréaliste mais pas fausse. Car la question est bien là : il s’agit d’une représentation visuelle. Ainsi, en délimitant le trou noir, non seulement on en donne une idée, mais on montre aussi une réalité scientifique : le fameux « horizon du trou noir ». Un concept complexe qu’on ne saurait montrer autrement. Une bonne visualisation scientifique est donc d’abord une bonne vulgarisation visuelle. Il ne s’agit pas tant de choix esthétiques que de considérations pédagogiques. C’est tout logiquement qu’on appliquera la couleur bleue aux éléments froids et la rouge aux éléments chauds lorsqu’on parlera de thermodynamique. Ou bien qu’on choisira des effets de transparence pour montrer l’anatomie humaine. Si ces exemples sont des évidences, qu’ils sont devenus des codes visuels auxquels on pense automatiquement, ce n’est pas le cas de toutes les visualisations. Peut-être que la vôtre mérite que vous pensiez à des approches inédites. Dans ce cas, n’ayez pas peur des idées nouvelles, surtout si cela permet d’obtenir une visualisation plus efficace aux yeux de votre public.